Opinion : « Il n’y a pas de petites ou de grandes idées »

Céline Bernatowicz – Interview de Gauthier Feron et Amandine Streel

Des députés modèles réduits et des journalistes en devenir, mais des débats houleux et des plumes non moins assassines. Quand le Parlement Jeunesse invente un microcosme démocratique.

Depuis près de dix-neuf ans, le Parlement Jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles a su s’imposer comme référence en matière de simulation politique auprès des 17-26 ans. Son concept demeure inchangé : quatre décrets décortiqués en pas moins de cinq jours par plus d’une centaine de jeunes, réunis dans un cadre unique, et tous soucieux de défendre leurs différences. Afin d’assurer sa rentrée annuelle et de maintenir la qualité des échanges en hémicycle, le Parlement Jeunesse lance une vaste campagne de recrutement. L’occasion de revenir sur les enjeux d’une telle initiative tant sur le plan démocratique qu’individuel.

Gauthier, diplômé en droit à l’UCL et précédemment Député au sein de la 18ème simulation du Parlement Jeunesse, prêtera serment en février prochain et endossera, le temps d’une semaine, le costume trois pièces de Ministre de la santé. Il espère diviser le parlement avec son projet de décret instaurant un don d’organe obligatoire : « rein, foie, sang… la liste est longue et hiérarchisée. Je veux malmener les tabous, inviter les députés à penser en dehors du cadre traditionnel de l’intégration du corps comme bien personnel et intouchable. Il n’y a pas de véritables sacrifices, il n’y a que des vies à sauver ». Un plaidoyer qui, au fil de l’élaboration des articles, a fini par s’éloigner de ses convictions intimes. Un exercice semblable donc, mais loin d’être identique à la fonction ministérielle belge. « Nos rôles se rencontrent sur la promotion du travail finalisé et sur la défense d’un projet construit et médité sur plusieurs mois. Mais la différence majeure, c’est qu’un véritable responsable politique couvrira préalablement tous les angles, contournant les abrogations et modifications éventuelles dont son décret pourrait être la cible. Alors que nous, nous recherchons par dessus tout le débat, quitte à laisser planer des non-dits, à escient, et qu’il serait pourtant primordial d’éclaircir. Si l’hémicycle est conquis, c’est que notre travail n’a pas été fait correctement. » 

Amandine, membre du conseil d’administration et successivement Députée, Présidente de commission et Ministre, demeure, elle aussi, convaincue qu’une simulation réussie requiert de riches débats de fond : « C’est dans l’entrechoquement des idées que la magie du Parlement Jeunesse opère. » Nul besoin in fine de maitriser son code et d’être un magnat de détails technico-juridiques pour prendre part à la simulation.

« Il faut laisser son for intérieur s’exprimer » Gauthier.

Le comité d’organisation souhaite donc inviter les étudiants et les jeunes âgés de 17 à 26 ans à réfléchir, sur des enjeux tant sociaux qu’économiques, et à esquisser leur vision de leur société idéale autour de quatre projets distincts, touchant tant au réchauffement climatique et à la théorie du genre qu’au financement des cultes, comme il l’a été démontré lors de précédentes simulations.

Séance plénière du Parlement Jeunesse - PJWB

Mais le Parlement Jeunesse ne limite pas ses objectifs à l’instauration ou à la réfutation totale d’un projet avancé par l’un de ses ministres. Il projette notamment, par le biais de ces sessions parlementaires, d’éveiller les consciences quant aux fondements de la démocratie, en initiant aux députés et aux journalistes le pouvoir des mots et en les confrontant aux répercussions provoquées au sein de l’hémicycle. Se lever dans le décorum, prendre une part active à la discussion, c’est parfois bouleverser les évidences de certains. Et qui possède une voix détient l’obligation de la faire entendre. Car « il n’y a pas de petites ou de grandes idées. » avance Gauthier. « Des interventions, aussi minimes soient-elles, peuvent satisfaire un large nombre de la population, que chaque député est censé, en théorie, représenter. Mais elles peuvent aussi faire bondir un participant assis deux rangées plus loin. Ils ont des engagements à maintenir, des convictions et des principes à ne pas trahir. On a envie que les jeunes de l’hémicycle, qui ont postulé pour rejoindre l’aventure, aient le courage de prendre la parole pour assumer leurs idées, pour s’assumer, même s’ils sont seuls contre tous. »

Céline Bernatowicz

Article paru le  26 octobre sur le  parlementaire.be – article original